La catalyse à Lyon

L’histoire de la « catalyse lyonnaise » est liée à la personne de Marcel Prettre qui a été nommé Professeur de chimie industrielle à la Faculté des sciences de Lyon peu de temps avant la guerre de 1939.

Vers la création de l’IRC

En effet, la catalyse était alors pratiquée dans les laboratoires de recherche universitaires et industriels lyonnais comme un moyen technique d’aboutissement à un produit de la réaction et non pas comme une science dont le rôle est d’approfondir la nature du catalyseur et de son intervention dans le mécanisme réactionnel. Dans le domaine de la chimie organique les catalyseurs d’hydrogénation au nickel ou au « noir de platine » ou ceux d’oxydation aux oxydes de chrome ou de vanadium, pour ne citer que ces deux types de réactions, étaient bien connus et ne suscitaient pas d’autres études que celles liées au rendement réactionnel et à la sélectivité. Le mécanisme réactionnel intime et la nature de l’état solide du catalyseur étaient souvent ignorés. La véritable étude des étapes de la réaction catalytique en relation avec l’état du catalyseur n’a commencé que vers les années 1940 dans le laboratoire de chimie industrielle. Son titulaire n’était pourtant pas, à l’origine, un expert dans ce domaine. Sa spécialité acquise pendant les recherches conduisant à sa thèse de doctorat, à Paris, était orientée sur les mécanismes de la combustion. L’école de la combustion, dirigée à cette époque par les élèves du professeur Paul Pascal et puis par P. Laffitte a acquis une renommée internationale L’école lyonnaise de la catalyse a été ainsi créée « ab nihilo » pour le plus grand bien des chercheurs formés dans cette école qui ont par la suite essaimé en France et dans le monde entier.
Les années de guerre, qui cependant n’étaient pas propices au développement de recherches de toute nature et surtout dans un domaine nouveau, ont vu néanmoins dans le laboratoire de Chimie Industrielle le démarrage des études sur la catalyse Fischer-Tropsch avec l’hypothèse de la participation du méthane dans cette synthèse. Bien que cette hypothèse, reprise par la suite par des chercheurs américains (P.H.Emmett), n’a pu être confirmée au moyen d’emploi d’isotopes qui à l’époque n’étaient pas à la portée du laboratoire lyonnais, elle a permis de faire connaître le groupe lyonnais outre Atlantique. C’est ainsi que M.Prettre a eu suffisamment d’arguments pour organiser à Lyon, en 1949, le premier congrès international sur l’adsorption et la catalyse hétérogène, auquel, ont participé des sommités mondiales de la catalyse et, bien entendu, les chercheurs lyonnais issus du laboratoire de Chimie Industrielle. Les « dés ont ainsi été jetés » et l’école lyonnaise a commencé à prospérer en prenant un rang de plus en plus honorable dans le domaine de l’adsorption et de la catalyse hétérogène.
C’est ainsi que les organisateurs américains du premier Congrès International de Catalyse, à Philadelphie en 1956, ont invité à participer deux chercheurs lyonnais Y.Trambouze et S Teichner ainsi que J.C. Balaceanu, devenu plus tard directeur de l’IFP.

A cette même époque un évènement considérable est intervenu à Lyon. L’école universitaire de la catalyse et son directeur M.Prettre ont vu concrétiser leurs espoirs, en moyens de recherche et en locaux, par la construction de l’Institut de Recherches sur la Catalyse (IRC) grâce aux fonds du CNRS. Dans cet Institut les équipes lyonnaises ont été rejointes par celles venant du laboratoire parisien du professeur Laffitte (B.Imelik). En trois années environ non seulement l’Institut est sorti de terre sur l’ancien site de l’hippodrome de Villeurbanne, mais ses laboratoires se sont entièrement équipés en matériel de recherche lourd et semi-lourd (microscopie électronique, spectroscopie X et de masse, diverses spectroscopies d’investigation directe de la réaction catalytique comme I.R. et U.V., microcalorimétrie, radiochimie). La création des postes CNRS dans les catégories ingénieurs, techniciens et administratifs (ITA) a permis de rendre rapidement opérationnelles les diverses techniques de recherche et d’accueillir un nombre important de chercheurs.

L’impact de la création de l’IRC à Lyon a été ressenti aux États-Unis comme un défi. Sous la direction du professeur P.H.Emmett a été constitué un comité qui a multiplié des interventions auprès des industriels et des organismes publics américains (NSF) afin de réunir des fonds pour la création d’un Institut comparable. Mais les grandes sociétés industrielles actives en catalyse se sont fermement opposées à ce projet en faisant essentiellement ressortir le danger de la « fuite des cerveaux » vers cet Institut et de la prise des brevets par l’Institut qui, dans le cas de la recherche commune avec l’industrie, aurait dévoilé des secrets de fabrication.