Bienvenue à Essyllt Louarn : rencontre avec notre nouvelle maîtresse de conférences
Maîtresse de conférences tout récemment titularisée à Ircelyon, Essyllt Louarn met son expertise en spectrométrie de masse au service des équipes du laboratoire. Parcours atypique, projets scientifiques et passions bretonnes : rencontre avec celle qui trace les molécules, de l’océan aux bancs d’essai.
Peux-tu nous présenter rapidement ton parcours académique et professionnel avant de rejoindre Ircelyon ?
J’ai d’abord fait une thèse en océanographie chimique à l’Université de Bretagne occidentale, à Brest. J’analysais les gaz carbonés fluorés dans l’océan pour tracer les masses d’eau. J’ai ensuite été recrutée comme maîtresse de conférences à l’Université Paris-Sud (devenue Paris-Saclay). J’ai travaillé sur l’analyse des CFC et HFC dans l’eau, dans un laboratoire spécialisé en spectrométrie de masse. J’y ai développé des méthodes d’analyse de ces composés, puis de composés organiques volatils (COV), avec un spectromètre de masse assez particulier, puisqu’on le construisait au labo !
Plusieurs années après, j’ai souhaité m’installer à Lyon et Ircelyon m’a accueillie comme laboratoire de rattachement, au sein de l’équipe CARE. Mon premier projet consistait à analyser les Composés Organiques Volatils non réglementés issus des émissions des véhicules, sur le banc d’essai PIREP. Ce banc est issu des projets de recherche « Innovating Process for the Reduction of Particulate Emissions » PIREP (2010–2012) et PIREP2, financés notamment par l’ADEME et l’ANR, et dont le coordinateur était Philippe Vernoux.
Je suis arrivée au moment du Covid, pas idéal pour les manips, mais j’avais alors été déchargée de cours, ce qui m’a laissé du temps pour la recherche. Et puis j’ai été rechargée de cours, j’ai donc fait l’aller-retour entre Orsay pour donner mes cours et Lyon pour ma recherche pendant des années. C’est durant cette période que j’ai déposé, avec Mathieu Prévot, l’ANR MEGOPE (de la spectrométrie de masse pour la production verte de composés organiques par électrocatalyse), consacrée à l’analyse en temps réel par spectrométrie de masse de systèmes électrochimiques. Ce projet touche à sa fin, la soutenance de la thèse de Clément Spadetto a eu lieu fin septembre.
Sur quel(s) projet(s) ou thème(s) de recherche vas-tu travailler au laboratoire ? En quoi consistent-ils ?
Ma spécialité, c’est la spectrométrie de masse appliquée à l’analyse chimique (composés organiques volatils, halogénés…). Ce qui est intéressant, c’est l’analyse directe des échantillons. J’ai beaucoup travaillé sur la dépollution, avec des collaborations sur les procédés plasma, de photocatalyse ou de catalyse, notamment avec Sonia Gil. L’idée est de regarder ce qui se forme lors de ces processus pour identifier les sous-produits. Pour cela, je développe des méthodes analytiques basées sur la spectrométrie de masse, pour mieux comprendre ces phénomènes.
Quelles collaborations souhaites-tu développer au sein d’Ircelyon et en dehors ?
Je ne viens pas du tout du monde des catalyseurs, donc je découvre ! Il y avait plein de choses que je ne connaissais pas, et ce monde propre à l’Ircelyon est hyper intéressant. Je vais prendre le temps d’aller discuter avec les collègues en interne. C’est un nouveau sujet pour moi : aider à mieux comprendre les systèmes chimiques en jeu.
Déjà, je vais poursuivre la collaboration en interne avec Mathieu Prévot : la thèse de Clément Spadetto a ouvert pas mal de voies, et un nouveau sujet est en train d’émerger, en collaboration avec des collègues extérieurs au laboratoire.
J’échange aussi avec des collègues de CPE Lyon, et en interne à l’Ircelyon, sur les analyses que l’on pourrait mettre en place.
Je garde également un pied à Saclay où des collègues souhaitent travailler sur la dépollution des PFAS et sur les produits qui en résultent. D’ailleurs, un studio PFAS est en train de se mettre en place au niveau de l’Institut thématique « défis planétaires, territoires et transitions » (DPTT) à l’échelle de Lyon-Saint-Étienne.
Enfin, je discute avec des collègues de l’ILM pour des collaborations plus orientées chimie physique : comprendre les interactions, analyser les réactions chimiques, et leur apporter mon expertise en couplage avec la spectrométrie de masse.
Qu’est-ce qui te passionne particulièrement dans ce domaine ?
La chimie ! Essayer de comprendre pourquoi ça marche comme ça et pas autrement. Ce qui m’étonne toujours, c’est qu’en travaillant sur différents procédés de dépollution (plasma, photocatalyse, catalyse chaude ou froide, électrocatalyse…), on part a priori d’un système simple : de l’oxydation ou de la réduction. Et pourtant, les produits formés sont très différents selon les cas, tout comme les mécanismes en surface ou en phase gazeuse. Relier ces systèmes entre eux pour y trouver une logique : voilà ce qui me passionne. Trouver la logique dans des systèmes complexes.
Pourquoi as-tu choisi Ircelyon pour poursuivre tes recherches ?
Pour l’équipe, d’abord, qui est très sympathique, avec une vraie dynamique et de bonnes conditions de travail. La taille du laboratoire permet aussi de discuter avec plein de gens, de croiser des sujets et des méthodes très variés et donc d’adopter une vision beaucoup plus globale. Il y a un super parc analytique, on peut proposer une technique mais celle-ci a ses avantages, ses inconvénients et surtout ses limites. Les possibilités offertes à Ircelyon permettent d’aller chercher au-delà de ces limites-là.
Quel défi personnel ou scientifique aimerais-tu surmonter grâce à ton travail à Ircelyon ?
Ce serait de mieux comprendre les systèmes et essayer de mieux les relier entre eux. D’un point de vue technique, ce qui « pêche » pour le moment, c’est le couplage avec l’électrochimie. Mais plus généralement, c’est d’arriver à comprendre la réactivité chimique.
As-tu une anecdote à partager ou une première impression marquante depuis ton arrivée ?
Ce que j’aime bien ici, c’est qu’il y a plein de jeunes, ça bouge ! L’ambiance est bonne, les gens ramènent régulièrement des gâteaux… Et la salle café du quatrième étage, c’est une belle invention. C’est important au quotidien comme pour s’intégrer.
En dehors du travail, quelles sont tes passions ou activités préférées ?
Je m’occupe d’abord de mes enfants : avec eux, on va randonner, se promener. Je fais aussi pas mal de sport (athlétisme, natation…). Et mon autre passion, c’est la culture bretonne. Avec mon prénom et mon nom de famille, difficile de le cacher : je suis bretonne ! Je parle breton, je le parle à mes enfants, je transmets la langue. Je m’engage dans des associations pour la langue bretonne.





